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Hors antenne

Hors antenne (2)

Discours de campagne: les candidats les plus inspirés

Malgré les violences qui ont émaillé la première semaine de campagne présidentielle, cette quête des voix a été amusante. Chaque candidat y va avec son grain de sel pour assaisonner son discours.

Madické Niang, si Abdou Diouf l’avait inspiré !

En voulant paraphraser Abdou Diouf aphone devant une immense foule à Louga lors de la présidentielle de 1993 en disant « fi mom mok na rombakh », le candidat Madické Niang nous sert une phrase qui entre désormais dans la postérité. « Tothie na  Fatick, Dém Gossas tothie Ka, Louga ma tothie ka radiakh», (je démolis tout sur mon passage de Fatick à Gossas, et à Louga, j’ai tout ravagé)… Non, il est loin d’être un gladiateur, l’homme n’a qu’un marteau de caoutchouc qui ne touchera même pas une seule mouche. Il est apparemment généreux, c’est l’image qu’il offre au public qui découvre un candidat « relaxe », un sénégalais ordinaire, un homme taquin. Ce n’est pas gratuit, c’est un bon coup de pub pour l’avocat qui nous rappelle Dr Oumar Wone de Diourbel, l’ancien opposant de Senghor qui accordait déjà des audiences au Palais à ses militants en pleine campagne électorale. Il était « sûr » de sa victoire tout comme Madické Niang qui, devant le micro de notre consœur de la 7 Tv, Maimouna Ndour Faye, lui demande dans un ton taquin, « de faire attention en posant des questions car dit-il « Madame, tu parles avec celui qui sera Président de la République dans quelques semaines ». Avec de telles sorties marrantes, même hors-antenne, loin de démolir le pays, l’ancien Ministre des Affaires étrangères, en bon diplomate, pacifie l’espace politique. Ainsi, il fait exploser la toile et devient le candidat le plus viral avec des vidéos amusantes partagées même par ses protagonistes. Inspiré par son programme « Jam ak Kheweul » (paix et prospérité) Madické, la surprise du parrainage, voit sa côte de popularité grimper.

Macky SALL, le « jogging électoral »

Le candidat de Benno, dispose des supports de communication visuelle sophistiqués et de tous les atouts communicationnels pour montrer en son et en lumière ses réalisations. Mais sachant qu’il ne pouvait plus se cantonner uniquement dans la communication institutionnelle, Macky entre dans le TER de l’amusement. Galvanisé par Youssou Ndour, il emprunte les pieds dansant de Mandela pour égayer son public et monter qu’il se soucie peu des attaques de ses challengers.

Le chef de fil de Benno Bokk Yakar est maintenant dans la gestuelle, avec sa tenue « wax » marron-beige frappée de son effigie, il a tendance à s’approcher davantage de ses militants dont certains arborent les mêmes habits. A une semaine de la fin de la campagne, Macky Sall surprend son monde en nous inventant « le Jogging électoral ». A Fatick, dans son fief, en compagnie des jeunes, il fait deux kilomètres de trot dont un 500 mètres digne d’un Karl Lewis pour dire « je n’entre pas ici comme un Président, ni comme un étranger mais comme un fils du terroir ». Au-delà de la leçon de reconnaissance et d’humilité qu’il incarne en parcourant les rues de son royaume d’enfance, c’est une stratégie de communication efficace qui transcende le périmètre de Fatick. Il faut de l’endurance pour gagner et il ne reste que quelques jours pour être à la ligne d’arrivée le 24 Février…

Idrissa Seck: de la marche bleue à la révolution orange

Le candidat Idrissa Seck, toujours en caftan blanc, préfère rouler lentement et sûrement… A bord d’une caravane alignée sur près d’une dizaine de mètres, il embarque deux anciens Premiers ministres, un ancien Président de l’Assemblée Nationale et d’autres personnalités pour donner de la valeur ajoutée à son image. L’homme, à travers cette coalition, montre un Idrissa capable de composer avec tout le monde. Il réussit la dé-diabolisation sur sa personne offrant un Idy sage et pas trop prétentieux. Lui aussi, il est dans la plaisanterie pour capter l’attention de son électorat. Il opte pour la théorie de la négation tout en plaisantant avec son public et provoquant l’adversaire.  A chaque étape de sa campagne, il demande d’abord ce qui ne va pas et ce qui n’a pas été fait par le pouvoir. Il raille ensuite le candidat sortant et fait des promesses. Après avoir inventé la marche bleue qui a permis à Wade d’accéder au Palais, Idrissa Seck initie la révolution orange… Enfin, il est sur les traces de son challenger qui presse le pas. Mais le jeune Sonko s’introduit dans la randonnée…

Ousmane Sonko : l’acteur et le système

Le plus jeune candidat a montré qu’il est plein d’énergie en entonnant des chansons guerrières « Yoo dé…Yoo dé… » dans son fief en Casamance. Avec un style décontracté, Ousmane Sonko troque son habit d’agent de répression en nationaliste. Le chapeau-paysan bien vissé à la tête, l’ancien inspecteur des impôts joue au Guelewar, le nom de l’acteur principal du téléfilm éponyme qui défend les intérêts des nationaux notamment les couches les plus déshéritées. Ainsi le discours acerbe à l’endroit du candidat sortant, observé dans la première semaine de campagne, est ponctué d’un message de compassion suite aux 3 morts enregistrés dans les rangs des militants de Benno Bokk Yakar. Le candidat de l’antisystème endeuillé par le décès accidentel d’un de ses partisans a reçu également les condoléances du « candidat du système ». Cette rupture notée dans la communication de Sonko, grandit le chef de fil de Pastef qui gagne en maturité en deux semaines de campagne.

Issa Sall, le puriste

Il a bien évidement un discours pur…Il dit ce qu’il doit dire sans un mot de trop et sans emballer l’autre public avec un sourire éclatant. L’enfant de Tataguine n’est pas dans l’excès, il donne l’air d’un scientifique qui communique en calculant et en contrôlant son débit sans grand sophisme. Les militants comprennent le discours du chef qui promeut les valeurs pour développer le pays. A part sa sortie brusque après les affrontements entre les partisans du Pur et les militants du Président sortant, Issa nous a toujours livré un discours correct. Cependant ses exposés assez élevés sont plus faciles à décoder par son électorat déjà constitué et qui lui a donné 3 députés à l’Assemblée Nationale lors des dernières législatives. Un électorat qui lui est fidèle et reconnaissable par leur engagement mais, l’autre Fatickois de la course vers le fauteuil présidentiel, a besoin de convaincre ceux qui le suivent dans leurs salons à travers les journaux de campagne.

Wade s’efface…pour un instant

Alors que les 5 candidats reprennent le souffle pour attaquer la ligne droite, le sprinter à l’improviste, Abdoulaye Wade quitte la piste à la dernière ligne droite du marathon électoral. « Ne brûlez pas les bureaux, mais seulement les bulletins de vote », un joli demi-tour du non-aligné pour apporter un bémol dans son dernier discours incendiaire après avoir jeté un coup d’œil sur la Vidéo Assistance Referee. La fameuse VAR électorale ! Ainsi, épargne-t-il les biens publics, les isoloirs pour s’en prendre aux biens politiques, les bulletins avec les effigies des candidats qu’il n’aimerait pas voir sans son Karim. Notre arbitre siffle un pénalty qu’il a exécuté lui-même avant d’aller prendre sa coupe des mains d’Alpha Condé à Conackry. Le capitaine de Benno Book Yakar, Macky SALL minimise. Il se dit convaincu que la paix régnera dans les bureaux de vote et sur l’ensemble du territoire.

Ibrahima Benjamin DIAGNE

Journaliste analyste-politique

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Alliance électorale : Me Abdoulaye Wade, l’arbitre qui siffle pour lui-même

La première haie du marathon électoral vient d’être surmontée ce weekend par des sprinters épuisés, driblés, pressés et même courroucés. Des évènements inattendus avec l’immixtion de l’ancien Président de la République dans le jeu électoral ont un peu dévié les trajectoires des candidats.

Alors que la campagne electorale bat son rythme, l’invité-surprise de cette campagne, Me Abdoulaye Wade arrache son temps d’antenne en multipliant ses sorties médiatiques. Il siffle pour lui-même et saisit toutes les occasions… Celui qui était parti pour être l’arbitre du jeu électoral arrache son temps d’antenne là où les protagonistes n’ont négocié que pour obtenir 7 minutes dans le journal de la campagne de la Rts.

Wade impose son referendum en appelant à un « non » à la tenue de l’élection du 24 Février 2019. Mais à qui profitent les grimaces du vieux sage ? Le sixième candidat est à priori contre tous. Il adoube et décourage en même temps le jeune Sonko, blesse Madické Niang, égratigne Macky Sall, snobe Idrissa Seck et ignore Issa Sall. « Personne d’entre eux ne peut gagner Macky qui a tout fait pour remporter cette élection », peste Me Wade qui à partir de Dakar appelle les jeunes à la révolte. De Touba, il invite à une révolution pacifique.

Alors que Wade-père est dans ses habits de vieux « Ndiombor » soufflant le chaud et le froid, les cinq présidentiables à la quête des voix, se sont embarqués dans l’ennuyeux appareil de la séduction et de la destruction. Ils se neutralisent naturellement, se bousculant sur le chemin qui mène vers le Palais.

Les protagonistes du 24 Février vus par Me Wade

Madické Niang, son « plan B » forcé n’intéresse pas son confrère avocat Me Abdoulaye Wade malgré sa grande mobilisation à Touba, ce qui n’a plus Wade à qui il a « volé » l’épi de mil et et le jaune-bleu. Hélas il ne décolle pas toujours. Pour Wade, sur le plan politique son ancien Ministre des affaires étrangères et disciple ne pèse pas lourd devant le Président sortant. A 65 ans, le frère du patriarche tente sa première et dernière chance à la présidentielle du 24 Février 2019.

Idrissa Seck, fils du pére n’a pas encore vidé son contentieux avec l’ancien Président de la République. Ce fils spirituel fut banni au profit du frère Karim Meissa Wade. Idrissa n’est pas choisi par le Pape du sopi malgré son pacte avec Khalifa Sall et les ralliements des 14 recalés du système du parrainage dont l’ancien Premier de Macky Sall Abdou Mbaye et le parlementaire Moustapha Guirassy. L’élection du vice-doyen des candidats qui joue son ultime carte, n’arrangerait pas Wade-fils.

Macky Sall, l’autre fils banni né après l’indépendance, n’a jamais arrangé Wade qui ne lui pardonne pas l’invalidité de la candidature de son fils. Préféré à Idrissa Seck puis écarté à cause du fils biologique, Macky Sall a réussi là où Idrissa a échoué en battant le père spirituel. Wade reconnait que son ancien poulain qu’il avait sous-estimé, a bien assimilé ses leçons. Certains pensent que le vieux libéral a fait un deal avec le Président sortant qui ne lui reste qu’un quinquennat à faire à la tête de l’Etat s’il est sort vainqueur à la présidentielle.

Issa Sall : malgré son bon score aux législatives, son brillant parcours, ses programmes alléchants, Issa ne séduit pas le candidat du « non ». Les trajectoires des deux hommes ne se croisent pas, même s’ils sont tous des universitaires. L’informaticien, féru de la « marée verte », n’a pas véritablement convaincu l’avocat adepte de la « marche bleue ».

Ousmane Sonko, le petit-fils du patriarche n’avait que 26 ans lors de l’alternance de 2000. Sa virulence dans le discours fascine l’ancien Président même s’il souhaitait la fussillade à tous les anciens présidents du Sénégal. Wade a-t-il digéré ? Il dit qu’il adore Sonko, mais pour lui, ce dernier a commis une erreur politique en acceptant comme les autres candidats l'actuel code électoral. Seulement l’élection de Sonko, le cadet des candidats sera synonyme de retraite anticipée pour Wade fils et ses contemporains qui n’ont pas encore gouté les délices de la Magistrature suprême.

En effet, Sonko est le premier candidat que le Pape du Sopi a rencontré soit pour des « échanges techniques » ou justifier sa « position technique ». L’ancien Président n’a pas dit son dernier mot sur la scène politique sénégalaise. Il  affiche pour le moment une neutralité parlante et prévoit de rencontrer les trois autres candidats…

Ibrahima Benjamin DIAGNE

 

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